05/04/2025
« Ceux à qui Dieu a fait la grâce de le croire, et de le ressentir véritablement, haïssent ce monde comme une terre non seulement étrangère, mais comme un Enfer, et comme un lieu habité par les Démons et maudit de Dieu »
« (…) Nul chrétien tant que le prêtre, [n’]est en danger de périr après qu’il est bien entré dans la prêtrise, et de la part de Dieu et de la part des hommes, s’il ne veille continuellement sur soi-même, et n’est plus séparé du monde dans son cœur, que le monde ne l’est du Ciel. Ce qu’il ne saurait faire, s’il n’est durant toute sa vie habitant du Ciel, et voyageur dans le monde.

« C’est la qualité que doivent avoir tous les fidèles chrétiens, puisqu’on voit en la personne d’un homme qui voyage toutes les conditions d’un vrai chrétien. Le voyageur ne s’attache ni à la beauté des campagnes, ni à celle des châteaux et des belles maisons, ni aux compagnies, ni aux lieux où il mange et où il repose le jour et la nuit, ni même aux chevaux sur lesquels il voyage, et qui ne sont pas à lui. Il n’a le cœur qu’au lieu où il va, et au pays d’où il est sorti, et où il retourne pour y habiter, et vivre en repos avec ses parents et ses amis le reste de sa vie. C’est l’image de l’homme qui ne tend qu’au Ciel, et ne s’attache à rien de ce qui est sur la terre, quelque beau qu’il paraisse, tandis qu’il vit dans un corps mortel, qui s’écoulant à tous moments, le fait marcher plus vite vers le Ciel où est son cœur et son trésor, que ne font ceux qui voyagent dans les navires sur la grande mer, ou en la terre sur les animaux les plus vites.
Il y a encore cela de plus, que devant la venue de Jésus-Christ, nous étions tellement étrangers à l’égard du Ciel, que nous ne savions pas ce que c’était que le Ciel, et la plupart même des juifs l’ignoraient aussi bien que les autres. Mais Jésus-Christ est venu, pour nous apprendre que c’était notre pays, et que nous avions été chassés de cette terre étrangère, comme dans le lieu de notre exil. Ceux à qui Dieu a fait la grâce de le croire, et de le ressentir véritablement, haïssent ce monde comme une terre non seulement étrangère, mais comme un Enfer, et comme un lieu habité par les Démons et maudit de Dieu, et n’ont point d’autre passion que de retourner au Ciel, qui est leur véritable patrie, et qui est encore plus, l’héritage que Jésus-Christ leur Père leur a acquis et donné par testament au jour de sa mort. C’est lui qui a parfaitement vécu sur la terre comme un passant, et qui est le grand Prêtre, par la mort duquel nous avons été délivrés de la captivité où nous étions dans une région étrangère, mais même de l’ignorance de notre propre pays, et de tant de biens qui nous y sont réservés. C’est sur lui qui est maintenant dans le Ciel, et sur cette vie humaine et divine qu’il a mené sur la terre, qu’il faut avoir toujours les yeux arrêtés. »
Lettre de messire Jean Duvergier de Hauranne, Abbé de Saint Cyran, à un ecclésiastique de ses amis, touchant les dispositions de la prêtrise. Chap. X, « Que la vie d’un chrétien, et encore plus d’un prêtre, doit être semblable à celle d’un voyageur. » (1648)
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"L’âme qui marche seule et sans directeur" (Saint Jean de La Croix)

« Il vaut mieux être chargé de peines en la compagnie de celui qui a de grandes forces, que déchargé de souffrances en la compagnie de celui qui a beaucoup de faiblesse. Lorsque vous souffrez, vous êtes proche de Dieu, qui est votre force, car il est près de ceux qui ont le cœur affligé (Psal., XXXIII, 19). Mais lorsque vous êtes exempt de croix, vous êtes très-proche de vous-même, qui êtes votre propre faiblesse, parce que la vertu et la force de l'âme s'augmentent et s'affermissent dans les afflictions les plus dures.
Celui qui veut vivre sans direction d'aucun père spirituel ressemble à un arbre qui est planté seul dans un champ, et qui n'appartient à personne. Tous ceux qui passent par là enlèvent ses fruits avant même qu'ils soient mûrs.
L'âme qui marche seule et sans directeur, dans les voies spirituelles, est semblable à un charbon allumé, mais séparé des autres, lequel, au lieu de s'embraser davantage, s'éteint tout à fait.
Celui qui va seul et sans guide, et qui tombe seul en chemin, demeure seul en sa chute, et il montre bien qu'il fait peu d'état de son âme, puisqu'il ose se fier à lui-même. »
Saint Jean de La Croix, Sentences spirituelles.
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