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24/06/2018

« La vie d’un chrétien doit être semblable à celle d’un voyageur. »

« (…) Nul chrétien tant que le prêtre, [n’]est en danger de périr après qu’il est bien entré dans la prêtrise, et de la part de Dieu et de la part des hommes, s’il ne veille continuellement sur soi-même, et n’est plus séparé du monde dans son cœur, que le monde ne l’est du Ciel. Ce qu’il ne saurait faire, s’il n’est durant toute sa vie habitant du Ciel, et voyageur dans le monde.

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« C’est la qualité que doivent avoir tous les fidèles chrétiens, puisqu’on voit en la personne d’un homme qui voyage toutes les conditions d’un vrai chrétien. Le voyageur ne s’attache ni à la beauté des campagnes, ni à celle des châteaux et des belles maisons, ni aux compagnies, ni aux lieux où il mange et où il repose le jour et la nuit, ni même aux chevaux sur lesquels il voyage, et qui ne sont pas à lui. Il n’a le cœur qu’au lieu où il va, et au pays d’où il est sorti, et où il retourne pour y habiter, et vivre en repos avec ses parents et ses amis le reste de sa vie. C’est l’image de l’homme qui ne tend qu’au Ciel, et ne s’attache à rien de ce qui est sur la terre, quelque beau qu’il paraisse, tandis qu’il vit dans un corps mortel, qui s’écoulant à tous moments, le fait marcher plus vite vers le Ciel où est son cœur et son trésor, que ne font ceux qui voyagent dans les navires sur la grande mer, ou en la terre sur les animaux les plus vites.

Il y a encore cela de plus, que devant la venue de Jésus-Christ, nous étions tellement étrangers à l’égard du Ciel, que nous ne savions pas ce que c’était que le Ciel, et la plupart même des juifs l’ignoraient aussi bien que les autres. Mais Jésus-Christ est venu, pour nous apprendre que c’était notre pays, et que nous avions été chassés de cette terre étrangère, comme dans le lieu de notre exil. Ceux à qui Dieu a fait la grâce de le croire, et de le ressentir véritablement, haïssent ce monde comme une terre non seulement étrangère, mais comme un Enfer, et comme un lieu habité par les Démons et maudit de Dieu, et n’ont point d’autre passion que de retourner au Ciel, qui est leur véritable patrie, et qui est encore plus, l’héritage que Jésus-Christ leur Père leur a acquis et donné par testament au jour de sa mort. C’est lui qui a parfaitement vécu sur la terre comme un passant, et qui est le grand Prêtre, par la mort duquel nous avons été délivrés de la captivité où nous étions dans une région étrangère, mais même de l’ignorance de notre propre pays, et de tant de biens qui nous y sont réservés. C’est sur lui qui est maintenant dans le Ciel, et sur cette vie humaine et divine qu’il a mené sur la terre, qu’il faut avoir toujours les yeux arrêtés. »

Lettre de messire Jean Duvergier de Hauranne, Abbé de Saint Cyran, à un ecclésiastique de ses amis, touchant les dispositions de la prêtrise. Chap. X, « Que la vie d’un chrétien, et encore plus d’un prêtre, doit être semblable à celle d’un voyageur. » (1648)