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26/07/2016

"L’horreur de son sacrilège vient de ce qu'il profane non un lieu ou un vase saint, mais un corps qui est la source de toute sainteté, qui est celui de Jésus-Christ."

« A l'heure de la mort, Jésus-Christ descendra, un flambeau à la main, dans ces cœurs sacrilèges, y trouvera son sang adorable tant de fois profané, qui criera vengeance. O divin Sauveur, la colère et la puissance de votre Père sera-t-elle assez puissante pour foudroyer ces malheureux Judas au plus profond des abîmes ? »

╬ En pieux hommage au Père Jacques Hamel ╬

(30 novembre 1930 – 26 juillet 2016)

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«  […] Oui, M.F., le sacrilège paraît si affreux qu'il semble impossible que des chrétiens puissent se rendre coupables d'un tel crime ; et cependant, rien de si commun. Jetons un coup d’œil sur les communions, combien ne trouverons-nous pas de confessions et de communions faites par respect humain ! Combien par hypocrisie, par coutume ! combien que, si les Pâques ne revenaient que tous les trente ans, ils ne communieraient, hélas ! jamais... Combien d'autres, qui ne voient venir ce temps si précieux qu'avec peine, et qui ne s'en approchent que parce que d'autres le font, et non pour plaire à Dieu et nourrir leur pauvre âme. Preuve bien évidente, M.F., que ces confessions et communions ne valent rien, puisque l'on ne voit point de changement dans leur manière de vivre. Les voit-on après la confession plus doux, plus patients dans leurs peines et les contradictions de la vie, plus charitables, plus portés à cacher et à excuser les fautes de leurs frères ? Non, non, M.F., il n'est plus question de changement dans leur conduite ; ils ont péché jusqu'à présent, ils continuent. Oh ! malheur épouvantable, mais bien peu connu du plus grand nombre des chrétiens ! O mon Dieu, auriez-vous pu penser que vos enfants se portassent avec un tel excès de fureur contre vous ? Non, non, M.F., ce n'est pas sans raison, que l'on place un crucifix sur la table de la communion, hélas ! que de fois il est crucifié à la Table sainte ! Regarde-le bien, mon âme, toi qui oses planter le poignard dans ce cœur qui nous a aimés plus que lui--même ; regarde-le bien, c'est ton Juge, Celui qui doit fixer ta demeure pour l'éternité. Sondez bien votre conscience ; si vous êtes en mauvais état, malheureux, n'avancez pas. Oui, Jésus-Christ est ressuscité de la mort naturelle, et il ne mourra plus ; mais cette mort que vous lui donnez par vos communions indignes, ah ! quand est-ce qu'elle finira ? O quelle longue agonie ! étant sur la terre, il n'y avait qu'un calvaire pour le crucifier ; mais ici, autant de cœurs, autant de croix où il est attaché ! O patience de mon Dieu, que vous êtes grande, de souffrir tant de cruautés sans dire un seul mot, même pour vous plaindre, étant traité si indignement par une vile créature, pour laquelle vous avez déjà tant souffert ! Voulez-vous, M.F., savoir ce que fait celui qui communie indignement ? écoutez-le bien, afin que vous puissiez comprendre la grandeur de votre atrocité envers Jésus-Christ. Que diriez-vous, M.F., d'un homme dont le père serait conduit dans un lieu pour être exécuté à mort, si, ne se trouvant point là de potence pour l'attacher, il s'adressait aux bourreaux, leur disant : Vous n'avez point de potence, voilà mes bras, servez-vous-en pour y pendre mon père ? Vous ne pourriez voir une telle action de barbarie sans frémir d'horreur, il y aurait sans doute bien de quoi. Eh bien ! M.F., si j'osais, je vous dirais que cela n'est encore rien, si nous le comparons au crime épouvantable que commet celui qui communie indignement. En effet, quels sont les bienfaits qu'un père a faits à son enfant, si nous les comparons à ce que Jésus-Christ a fait pour nous ? Dites-moi, M.F., si vous faisiez ces réflexions avant de vous présenter à la Table sainte, auriez-vous le courage d'y aller sans bien vous examiner ce que vous allez faire. Oseriez-vous bien y aller avec des péchés cachés, déguisés, confessés sans contrition et sans désir de les quitter ? Voilà ce que vous dites au démon, lorsque vous êtes si aveugles et si téméraires : Il n'y a ni croix, ni calvaire comme autrefois ; mais j'ai trouvé quelque chose qui peut y suppléer. – Quoi ? vous dit le démon, tout étonné d'une telle proposition. – C'est, lui dites--vous, mon cœur. Tenez-vous prêt, je vais me saisir de lui ; il vous a précipité dans les enfers, vengez-vous à votre tour, égorgez-le sur cette croix. – O mon Dieu, peut-on penser à cela sans frémir d'horreur ? Cependant, voilà ce que fait celui qui communie indignement. Ah ! non, non, jamais l'enfer dans toute sa fureur n'a rien pu inventer de semblable. Non, non, quand il y aurait mille enfers pour un seul profanateur, cela ne serait rien, si nous le comparons à la grandeur de son crime. « Que fait, nous dit saint Paul, celui qui communie indignement ? Hélas ! ce malheureux, il boit et mange son juge et son jugement. » L'on a bien vu, selon les lois, lire aux criminels leur condamnation, mais a-t-on jamais vu leur faire manger leur sentence de condamnation, et, de cette sorte, de leur condamnation et d'eux--mêmes ne faire qu'une même chose ? O malheur épouvantable ! ce n'est plus sur du papier qu'est écrit l'arrêt de réprobation de ces profanateurs, mais sur leur propre cœur. A l'heure de la mort, Jésus-Christ descendra, un flambeau à la main, dans ces cœurs sacrilèges, y trouvera son sang adorable tant de fois profané, qui criera vengeance. O divin Sauveur, la colère et la puissance de votre Père sera-t-elle assez puissante pour foudroyer ces malheureux Judas au plus profond des abîmes ? Eh bien ! M.F., avez-vous compris ce que c'est qu'une communion indigne, vous qui vous confessez avec si peu de préparation, qui y donnez moins de soins que vous n'en donneriez pour l'affaire la plus commune et la plus indifférente ? Dites-moi, M.F., pour être tranquilles comme vous le paraissez, êtes-vous bien sûrs que toutes vos confessions et vos communions ont été accompagnées de toutes les dispositions nécessaires pour être bonnes et mettre votre salut en sûreté ? Avez-vous bien détesté vos péchés ? Les avez-vous bien pleurés ? En avez-vous bien fait pénitence ? Avez-vous bien pris tous les moyens que le bon Dieu vous a inspirés pour n'y plus retomber ? Revenez, mon ami, sur vos années passées, examinez toutes les confessions et communions qui n'ont été accompagnées d'aucun amendement, point de changement dans votre vie. Prenez le flambeau à la main, vous--même, pour voir l'état de votre âme, avant que Jésus-Christ ne vous le fasse voir lui-même pour vous juger et vous condamner pour jamais. Frémissez, M.F., sur cette grande incertitude de la validité de tant de confessions et de communions ; une seule chose doit vous empêcher de tomber dans le désespoir, c'est que vous êtes en vie et que le bon Dieu vous offre sa grâce pour vous tirer de cet abîme dont la profondeur est infinie, et que pour cela il ne faut rien moins que la puissance d'un Dieu. Hélas ! M.F., que de chrétiens qui maintenant brûlent dans les enfers, qui ont entendu les mêmes choses que vous entendez aujourd'hui, mais qui n'ont pas voulu en profiter, quoique leur conscience criait ! Mais, hélas ! ils n'ont voulu en sortir que quand ils n'ont pas pu, et sont tombés dans les enfers. Hélas !combien parmi ceux qui m'écoutent qui sont de ce nombre, qui auront le même sort ! Mon Dieu, est-il bien possible de connaître son état et de ne pas vouloir en sortir. – Mais, me direz-vous, qui osera donc s'approcher de la Table sainte, et qui osera espérer d'avoir fait une bonne communion dans sa vie ? Pourra-t-on bien se lever pour aller à la Table sainte, ne va-t-il pas sembler qu'une main invisible va me repousser et me frapper de mort ? – Mon ami, pour cela je ne vous en dis rien ; sondez votre conscience, et voyez dans quel état elle est ; voyez si en sortant de la Table sainte vous paraîtriez avec confiance devant le tribunal de Jésus-Christ. -Mais, me direz-vous, il vaut mieux tout laisser que de s'exposer à un tel crime. – Mon ami, en vous donnant une idée de la grandeur du sacrilège, ce n'a pas été mon intention de vous éloigner de la sainte communion, mais seulement de faire ouvrir les yeux à ceux qui sont de ce nombre, pour réparer le mal qu'ils ont fait, pendant qu'il est temps, et pour porter ceux qui ont l'espérance d'être exempts de ce crime épouvantable, à y apporter encore des dispositions plus parfaites. »

Jean-Marie Baptiste Vianney, saint Curé d’Ars (1786-1859), Sermon sur la communion indigne.