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24/03/2013

Semana santa


15/03/2013

"Surgi du rien, il y est destiné"

 

 

« Reconnaissons (…) que cet être qui n’a choisi ni de naître, ni son hérédité, ni son environnement, qui assume sa domestication en osant, par un incompréhensible aveuglement, la revendiquer comme sa propriété et son bien, qui est abreuvé, bien souvent jusqu’à la nausée, de fictions de toutes espèces dont l’unique fonction est de contribuer à lui faire accepter un mode comportemental correspondant à ce que l’on attend de lui, soumis face à des impératifs absurdes dont la logique repose sur de purs fétiches, impératifs qui ne poursuivent qu’un unique et essentiel but, soit, pour le dire clairement, de le rendre passif et obéissant vis-à-vis des multiples formes de domination, cet être ne manque pas de laisser profondément perplexe et dubitatif l’observateur objectif. Qui plus est, ontologiquement contingent, multiple, dénué d’essence, non-être formel ne possédant rien de ce qui lui est attribué provisoirement le temps de sa fugitive existence, l’homme, de manière incroyable, se replie maladivement sur l’étroitesse de ses personnelles limites, et, finalement, suffoque emprisonné dans la cellule de son « moi » imaginaire asservi par ses nécessités factices. Subissant la succession hétéroclite de ses différents états, nourri de tendances variables et contradictoires, courbé face à une permanente dispersion qui s’impose comme une illusoire continuité, l’individu s’épuise désespérément dans un mouvement sans fin et un constant changement. Ecrasé par sa faiblesse, fragile, indigent et dépendant, subsistant de façon grégaire, construit par une succession aléatoire de conditions imprévisibles, formé d’impressions irrationnelles inconscientes accrochées au néant, aspiré vers l’inexistence, le « moi » individuel, comme le virent à l’évidence les docteurs bouddhistes, est dénué de valeur ; surgi du rien il y est destiné, et c’est là, fort heureusement peut-être, son unique devenir et sa certaine détermination. »

Jean-Marc Vivenza, Tout est conscience – une voie d’éveil bouddhiste, Albin Michel, 2010, pp. 215-216